Georges Perec, écrivain, dont le nom est monté sur une plaque bleue en 1994
On est à Paris, promis
Cent mètres au-dessus du périphérique, il existe un endroit où l'on entend les oiseaux, où les maisons ont des volets et où quatre rues refusent absolument de laisser passer une voiture.
3 à 5 ans · 45 minutes de marche, sans compter le temps assis · 700 mètres, avec trois volées de marches et presque aucune voiture. La seule traversée qui compte est celle de la rue du Capitaine-Ferber, au passage protégé, en arrivant du métro. · départ : au pied de l'escalier de la rue Mondonville, là où elle débouche sur la rue Paul-Strauss, 75020 Paris
3 étapes ont une réponse vérifiée auprès d'une source officielle. Les 3 autres n'en ont pas, et c'est voulu : la réponse y est ce que l'enfant observe. Toutes les sources sont imprimées sur la feuille des réponses.
Un quartier de petits pavillons perché entre la porte de Bagnolet et la rue du Capitaine-Ferber, et l'un des rares coins de la capitale où un enfant de quatre ans peut marcher au milieu de la chaussée. La station Porte de Bagnolet, ligne 3, est à trois cents mètres du départ. Trois arrêts sur six n'ont pas de bonne réponse écrite. Tout est dehors, gratuit, ouvert à toute heure et par tous les temps : ce sont des rues publiques. Ce sont aussi des rues où des gens habitent, à trois mètres de leurs fenêtres. On parle normalement, on ne sonne à aucune porte, et on laisse les jardinets tranquilles. Les marches sont raides et sans rampe par endroits : une main tenue pour les plus petits.
Étape 1 · Au pied des marches de la rue Mondonville
Lis la plaque bleue au-dessus de toi : c'est écrit rue. Pourtant, aucune voiture ne passera jamais par là, et ce n'est pas parce que c'est interdit. Regarde ce qui monte devant toi et trouve pourquoi.
Un coup de pouce
Adulte : demandez à l'enfant d'imaginer un vélo, puis une poussette, puis un camion arrivant par ici, et de dire à chaque fois ce qui se passerait.
Étape 2 · Tout en haut des marches
Monte jusqu'à la dernière marche, puis retourne-toi.
D'en bas, tu voyais des murs. D'ici, tu vois par-dessus. Montre du doigt la chose la plus lointaine que tu reconnais, et dis son nom tout haut. Ensuite, demande à l'adulte s'il voit la même.
Ici, ta réponse est la bonne : c'est ce que tu vois.Un coup de pouce
Adulte : restez sur le palier du haut, en retrait du bord, et faites tourner l'enfant lentement au lieu de le laisser chercher en marchant.
Étape 3 · Au milieu de la rue Irénée-Blanc
En haut des marches, prends la rue qui s'en va tout droit devant toi et avance jusqu'au milieu.
Ces maisons se ressemblent parce qu'elles ont été bâties toutes ensemble, il y a plus de cent ans. À qui appartenaient-elles le jour où elles ont été finies : à un prince très riche, aux gens qui allaient dormir dedans, ou à personne du tout ?
Un coup de pouce
Adulte : faites remarquer la taille des maisons et l'absence de grand portail. Cela suffit à écarter une des trois propositions, et une maison entretenue en écarte une autre.
Étape 4 · Dans la rue Jules-Siegfried
Au bout de la rue, tourne et prends celle qui repart en sens inverse, une rangée de maisons plus loin.
De loin, ces maisons ont l'air d'être toutes la même, photocopiée. De près, c'est faux. Choisis deux maisons voisines et trouve trois choses qui ne sont pas pareilles chez l'une et chez l'autre.
Ici, ta réponse est la bonne : c'est ce que tu vois.Un coup de pouce
Adulte : si l'enfant sèche, orientez le regard vers ce qui s'ouvre, ce qui pousse et ce qui a une couleur. Les trois différences y sont presque toujours.
Étape 5 · Sur les marches de la rue Georges-Perec
Cherche, au numéro 13 de la rue Jules-Siegfried, une ouverture étroite entre deux maisons : c'est une rue, et elle fait trente-huit mètres en tout.
Cette rue-là a reçu son nom en 1994, bien après les maisons. Avant, comment l'appelait-on sur les papiers de la mairie : par le nom du facteur, par une lettre suivie d'un chiffre, ou pas du tout, parce qu'elle n'existait pas encore ?
Un coup de pouce
Adulte : dites à l'enfant que la mairie devait bien écrire quelque chose dans ses cahiers pour parler de ce passage. Une des trois propositions ne tient pas dans un cahier, une autre changerait à chaque nouveau facteur.
Étape 6 · Assis sur une marche de la rue Georges-Perec
Ne bouge plus : c'est ici que ça se termine.
Assieds-toi et ferme les yeux. Pendant que l'adulte compte lentement jusqu'à trente, écoute tout ce qui fait du bruit. Ensuite, dis combien de bruits tu as entendus en tout, et combien étaient des bruits de moteur.
Ici, ta réponse est la bonne : c'est ce que tu vois.Un coup de pouce
Adulte : comptez tout bas, sans rythme marqué, sinon l'enfant écoute votre voix au lieu du reste.
Le quiz, pour finir assis quelque part
1. Pour les grands : l'écrivain qui donne son nom à la rue-escalier a publié un roman entier en s'interdisant une lettre de l'alphabet. Laquelle ?
2. Pour les grands : qui a lancé, en 1907, la société qui a permis de construire ces maisons ?
3. Pour les grands : combien de pavillons compte l'ensemble, une fois le chantier terminé ?
Le mot de la fin
Avant de redescendre : demandez à l'enfant d'inventer un nom pour cette rue-ci, en une seule syllabe, et notez-le sur un papier avec la date du jour. La mairie a mis quatre-vingts ans à trouver le sien.
Tes réponses restent dans ce téléphone. Elles ne partent nulle part et personne d'autre ne les voit.
D'où viennent les réponses
- Campagne à Paris, Wikipédia
- Rue Mondonville, Wikipédia
- Rue Georges-Perec, Wikipédia
- Rue Irénée-Blanc, Wikipédia
Si une réponse ne correspond plus à ce que vous voyez sur place, une ville change et nous aussi : dites-le nous, on corrige.