Le révérend père Louis Favre et les pères du Juvénat de Ville-la-Grand
Deux mille personnes et un mur
La frontière franco-suisse fait ici un coude, et un pensionnat de garçons s'est trouvé bâti juste dedans : le mur du fond de la cour est une limite d'État. Entre 1941 et 1944, ce détail de cadastre a sauvé environ deux mille personnes.
Pour les grands · 2 heures · 1,5 km aller, à plat et sur trottoir, entièrement dans Ville-la-Grand et entièrement du côté français, du 19 rue Fernand David à la rue Marianne Cohn. Tout se fait dehors et sans rien payer. · départ : devant l'école Saint-François, 19 rue Fernand David, à Ville-la-Grand
4 étapes ont une réponse vérifiée auprès d'une source officielle. Les 2 autres n'en ont pas, et c'est voulu : la réponse y est ce que l'enfant observe. Toutes les sources sont imprimées sur la feuille des réponses.
Tout ce parcours tient dans la commune de Ville-la-Grand, en France, et tout y tient à un dessin de frontière. À l'est de Genève, la limite entre la France et la Suisse fait une sinuosité, et le Juvénat de Saint-François-de-Sales, un pensionnat de futurs missionnaires, a été bâti à l'intérieur de ce coude : une partie des murs de sa propriété est la frontière elle-même. Entre 1941 et 1944, des pères et un frère s'en sont servis pour faire passer des Juifs pourchassés, des résistants et des agents de renseignement. L'un d'eux, Louis Favre, l'a payé de sa vie. Deux précisions avant de partir. On ne franchit pas une frontière au fond d'un jardin : la promenade reste du côté français de bout en bout, et les murs se regardent depuis la rue. Et le Parcours du Mur de la Frontière, à l'intérieur de l'enceinte de l'école Saint-François, n'ouvre au public que quelques samedis par an, gratuitement et sur inscription : vérifiez sur pmf74.fr, car sans cela le mur ne se devine que du trottoir. La stèle du Charnier, où six personnes ont été assassinées en juillet 1944, se trouve en bordure du bois du Charnier, du côté du hameau du Crêt ; elle n'est pas fléchée depuis la route et ce jeu de piste ne vous y conduit pas. Ce n'est pas une promenade légère.
Étape 1 · Devant l'école Saint-François, l'ancien Juvénat
Le père Louis Favre est revenu enseigner ici à l'armistice de 1940. Mais il connaissait déjà ces murs par coeur, et pas du tout comme professeur. Comment les connaissait-il ?
Un coup de pouce
Il a fait ici, avant la guerre, exactement ce que faisaient les garçons à qui il a ensuite fait cours.
Étape 2 · Le long de l'enceinte, côté frontière
Longez l'enceinte de l'établissement vers l'est, du côté où le terrain touche la Suisse.
Le tracé est matérialisé au sol par des bornes de pierre numérotées et gravées d'une lettre sur chaque face. Depuis le trottoir, cherchez-en une et relevez ce qui y est écrit. Si vous n'en voyez aucune, notez plutôt les endroits où le mur change de hauteur, de pierre ou d'époque : une limite qui se négocie laisse des coutures.
Ici, ta réponse est la bonne : c'est ce que tu vois.Un coup de pouce
Elles sont basses et discrètes, souvent dans l'herbe ou contre un mur, et les numéros se suivent. On les regarde depuis le domaine public : on ne passe pas la main de l'autre côté pour lire, et on n'entre pas dans l'enceinte de l'école.
Étape 3 · Devant la plaque commémorative du mur du Juvénat
Revenez vers l'entrée de l'établissement.
On a demandé à Louis Favre de réserver les passages du Juvénat à une seule organisation de résistance. Voici sa réponse, transcrite par Lucien Mas : « Je suis au service de Dieu et je suis donc au service de tous les hommes, de ceux qui fuient comme de ceux qui font face. » Qu'est-ce qu'il refuse exactement, dans cette phrase ?
Un coup de pouce
La fin de la phrase nomme deux sortes de gens : il ne veut renoncer ni à l'une ni à l'autre.
Étape 4 · Devant l'église Saint-Mammès
Descendez vers le vieux village : l'église est à environ quatre cents mètres.
Bien avant les chrétiens, ce terrain servait déjà à un culte, et deux pierres de la façade en témoignent encore. Selon la commune, à quel dieu romain ce lieu était-il voué ?
Un coup de pouce
Cherchez le dieu romain à qui l'on demandait la victoire, et non la pluie, la santé ou une bonne récolte.
Étape 5 · Rue Marianne Cohn
Traversez la commune vers l'est sur environ un kilomètre jusqu'à la rue Marianne Cohn.
Marianne Cohn a été arrêtée près d'Annemasse et emprisonnée à Annemasse. Pourquoi une rue de Ville-la-Grand porte-t-elle son nom, et pourquoi celle-ci précisément ?
Un coup de pouce
Ce n'est pas là qu'elle a vécu, c'est là que tout s'est arrêté.
Étape 6 · Au bout de la rue Marianne Cohn
Remontez la rue jusqu'à son autre extrémité.
Six personnes ont été assassinées dans un bois de cette commune, dans la nuit du 7 au 8 juillet 1944 : Marthe-Louise Perrin, 45 ans, Paul Regard, 36 ans, lieutenant FFI et brigadier des douanes, Félix Deborre, 35 ans, sergent FFI, Julien Duparc, 25 ans, Henri Jaccaz, 23 ans, et celle dont vous lisez le nom sur la plaque au-dessus de vous. Une seule des six a une rue ici. Posez la question à voix haute : pourquoi celle-là et pas les cinq autres ? Écoutez toutes les réponses sans en écarter une seule.
Ici, ta réponse est la bonne : c'est ce que tu vois.Un coup de pouce
Il n'y a pas de bonne réponse à cette question, et c'est pour cela qu'elle vaut d'être posée. Une piste, si personne ne démarre : comparez ce que chacune de ces six personnes faisait au moment de son arrestation, et ce qu'il est resté d'elle par écrit.
Le quiz, pour finir assis quelque part
1. Il arrivait que la gendarmerie française confie aux pères du Juvénat des réfugiés juifs que la Suisse venait de refouler. Qu'en faisaient-ils ?
2. Arrêté le 3 février 1944 et fusillé le 16 juillet, Louis Favre a été torturé à plusieurs reprises sans jamais parler. Combien de jours a duré ce silence ?
3. L'église du vieux village est dédiée à saint Mammès. Quel métier la tradition lui donne-t-elle ?
Tes réponses restent dans ce téléphone. Elles ne partent nulle part et personne d'autre ne les voit.
D'où viennent les réponses
- Archives d'État de Genève, le Juvénat de Ville-la-Grand
- Archives d'État de Genève, le martyre et la mort d'un Juste
- Mairie de Ville-la-Grand, le Charnier
- Mairie de Ville-la-Grand, Marianne Cohn
- Mairie de Ville-la-Grand, l'église Saint-Mammès
- Parcours du Mur de la Frontière, horaires et tarifs
Si une réponse ne correspond plus à ce que vous voyez sur place, une ville change et nous aussi : dites-le nous, on corrige.