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Nicolas Viel, récollet, et le jeune compagnon que les Hurons-Wendats avaient surnommé Ahuntsic, noyés ensemble dans les rapides du village en 1625

Le compagnon sans visage

Un quartier, un collège et tout un arrondissement portent le nom d'un garçon dont on ignore le vrai nom, le pays et peut-être même la façon dont il est mort. Une enquête sur la manière dont une légende se fabrique, et dont on la défait.

Pour les grands · 1 heure 15 · Environ 900 mètres à pied, à plat, de l'église au bord de l'eau, puis par le boulevard Gouin Est jusqu'à la rue du Pont. · départ : devant l'église de la Visitation, boulevard Gouin Est, à deux pas de la rue des Jésuites, Montréal

5 étapes ont une réponse vérifiée auprès d'une source officielle. Les 2 autres n'en ont pas, et c'est voulu : la réponse y est ce que l'enfant observe. Toutes les sources sont imprimées sur la feuille des réponses.

0 étape sur 7

Une promenade de lecture et de doute, dehors et sans rien payer, pour qui aime les sources qui se contredisent. Rien n'est à voir que l'église, la rivière et une plaque : le reste est dans les textes, résumés à chaque arrêt. Le sentier au bord de l'eau est glissant en hiver, et le boulevard Gouin est étroit : on reste sur le trottoir, y compris sur le pont au-dessus de l'autoroute. Aux arrêts 1 et 3, on lit et on juge, sans réponse écrite d'avance.

  1. Étape 1 · Devant l'église, à la recherche de la plaque

    Selon Wikipédia, une plaque devant l'église rappelle l'endroit où « se sont noyés le Père Nicolas Viel et son jeune compatriote surnommé Auhaïtsic par les Hurons ». Cherchez-la. Si vous la trouvez, relevez le mot exact qu'elle emploie pour le compagnon : dit-elle d'où il venait ? Sinon, gardez la citation : elle suffit pour la suite.

    Un coup de pouce

    Les plaques commémoratives se trouvent souvent près du parvis, à hauteur d'yeux, ou au pied d'un monument.

    Ici, ta réponse est la bonne : c'est ce que tu vois.
  2. Étape 2 · Devant l'église, sur le parvis

    Restez devant l'église.

    Selon les textes, le compagnon s'appelle Ahuntsic, Ahountsic, Auuntsic, Auhaïtsic ou Auhaitsique. Cinq orthographes pour un seul homme, et aucune n'est un nom de famille. Pourquoi ?

    Un coup de pouce

    Pensez à la manière dont on écrit, à l'oreille, un mot entendu dans une langue qu'on ne sait pas lire.

  3. Étape 3 · Au bord de l'eau, derrière l'église

    Prenez le sentier du parc qui part du boulevard Gouin, longe l'église et descend vers l'eau.

    Où exactement se sont-ils noyés ? Une page dit « dans l'un des saults, le Gros Sault ». Une autre, sur la même encyclopédie, distingue deux rapides, le Gros-Sault et le Sault-au-Récollet. Le Dictionnaire biographique du Canada dit « au dernier saut de la rivière des Prairies ». Regardez la rivière : qu'est-ce qui permettrait, aujourd'hui, de trancher ?

    Un coup de pouce

    Demandez-vous d'abord ce qu'on peut encore voir des rapides, puis ce qu'un texte de 1625 pouvait désigner par « dernier ».

    Ici, ta réponse est la bonne : c'est ce que tu vois.
  4. Étape 4 · Au bord de l'eau, derrière l'église

    Restez au bord de l'eau.

    Viel était dans un canot avec des Hurons qui descendaient vers Québec pour la traite. Au XVIIe siècle, plusieurs auteurs ont écrit qu'ils l'avaient jeté à l'eau, et l'on a vu en lui le premier martyr du pays. Des historiens récents pensent que la rumeur est partie, dès 1634, d'un chef algonquin, Tessouat. Quel intérêt avait-il à faire croire à un meurtre ?

    Un coup de pouce

    Demandez-vous qui, entre Québec et le pays des Hurons, gagnait à ce que les Français restent chez eux.

  5. Étape 5 · Au bord de l'eau, face au courant

    Faites quelques pas le long de l'eau.

    Le frère Gabriel Sagard avait accompagné Viel de Paris au pays des Hurons : il le connaissait bien. Or Wikipédia écrit qu'il raconte une noyade accidentelle, et le Dictionnaire biographique du Canada que son témoignage a contribué à établir la thèse du meurtre. Faut-il vraiment choisir entre eux ?

    Un coup de pouce

    Regardez de près ce que chacune des deux sources cite en référence.

  6. Étape 6 · Sur le trottoir du boulevard Gouin Est, juste après le pont

    Revenez au boulevard Gouin et prenez le trottoir vers le nord. Traversez le pont qui enjambe l'autoroute et arrêtez-vous juste après, en retrait de la chaussée.

    Brébeuf, l'un des missionnaires dont le témoignage a nourri l'idée du meurtre, a été canonisé en 1930 avec les martyrs canadiens. Viel, lui, n'est pas sur la liste, alors que sa statue de bronze se dresse à côté de celle de Brébeuf, sur la façade du Parlement à Québec. Pourquoi l'un et pas l'autre ?

    Un coup de pouce

    Demandez-vous ce qu'il faut prouver d'abord, avant de faire de quelqu'un un martyr.

  7. Étape 7 · Au coin du boulevard Gouin Est et de la rue du Pont

    Continuez sur le trottoir du boulevard Gouin Est jusqu'à la rue du Pont, qui descend vers la rivière.

    Le village voisin, à l'ouest, portait un nom anglais tiré de la rivière, quand on a décidé, à la fin du XIXe siècle, de lui donner celui d'Ahuntsic. Quel était ce nom, que l'on retrouve aussi dans celui de la compagnie qui exploitait les moulins de la digue au XXe siècle ?

    Un coup de pouce

    Pour un anglophone qui regarde depuis Montréal, cette rivière coule derrière l'île, du côté opposé au fleuve.

Le quiz, pour finir assis quelque part

  1. 1. D'où la rivière des Prairies tire-t-elle son nom ?

  2. 2. En juin 1625, que faisait Viel sur la rivière ?

  3. 3. Sur quel jour de la noyade les sources s'accordent-elles ?

Le mot de la fin

Si vous deviez rédiger aujourd'hui une nouvelle plaque, en deux lignes, que mettriez-vous à la place de « son jeune compatriote » ?

Tes réponses restent dans ce téléphone. Elles ne partent nulle part et personne d'autre ne les voit.

D'où viennent les réponses

Si une réponse ne correspond plus à ce que vous voyez sur place, une ville change et nous aussi : dites-le nous, on corrige.