une enquête à plusieurs
Qui a arrêté le Thiou ?
Un matin de septembre, les vannes restent fermées et le Thiou tombe à un filet d'eau : pendant une heure, la vieille ville regarde le lit de sa rivière. Six personnes ont la clé du local des vannes, six racontent leur matinée, et une seule ment. À vous de trouver laquelle, en vérifiant leurs histoires dans la ville.
Le délit est inventé : il n'a jamais eu lieu, et les 6 suspects n'ont pas existé. En revanche, tous les indices sont vrais, vérifiés et sourcés, comme dans les autres jeux de piste. C'est ce qui rend l'enquête résoluble.
- Où
- Annecy
- Combien de temps
- 1 h 45
- Combien de marche
- 2,2 km, presque tout à plat ; une seule montée, courte, la côte Perrière
- Combien de joueurs
- de 4 à 10 personnes
Avant de partir
Prévenez le groupe dès le début : le matin où le Thiou s'arrête est une histoire inventée, et les six suspects n'ont jamais existé. Tout le reste est vrai. Chaque alibi se vérifie sur un fait réel, qu'on observe ou qu'on compte sur place. Cinq tiennent debout. Un seul s'effondre, et il ne s'effondre qu'au dernier arrêt : inutile de deviner avant, la ville livre les preuves dans l'ordre. Deux précautions avant de partir : l'arrêt 3 se fait à l'intérieur de l'église Saint-Maurice, dont l'entrée est libre mais les horaires variables, et l'arrêt 4 demande de monter la côte Perrière, courte mais pentue.
- La feuille imprimée, une par équipe
- Les six cartes de suspect, découpées et distribuées
- Un crayon par joueur
- De bonnes chaussures pour la côte Perrière
- De quoi boire, ça dure presque deux heures
Départ : La pointe du Pâquier, promenade Jacquet. Arrivée : Le chevet de la cathédrale Saint-Pierre.
Les 6 suspects
Une carte par joueur. À découper, ou simplement à lire à voix haute en se les passant.
Sidonie Donzel
jardinière de la Ville
Elle arrose le Pâquier avant que la ville se lève et connaît chaque pelouse par son âge. Elle a la clé du local des vannes parce qu'elle puise l'eau des massifs au canal.
« J'étais au Pâquier, sur la grande pelouse. Celle-là, je peux vous dire qu'elle est jeune : quand j'étais petite, il y avait un bâtiment dessus, et pas un petit. »
Eugénie Mégroz
pêcheuse du lac
Elle relève ses filets à l'aube et rentre au port avant sept heures. Elle a la clé parce qu'on la prévient quand on fait varier le niveau, à cause des frayères.
« J'étais au port, à démêler mes filets, juste là où accostaient les bateaux à vapeur. On embarque encore au même endroit qu'au temps de mes arrière-grands-parents. »
Aimé Vulliermet
garde des vannes
C'est lui qui manoeuvre les vannes, tous les matins, et personne n'a l'air plus coupable que lui. Il trouve que la ville n'écoute jamais son eau, sauf quand elle déborde.
« J'étais à Saint-Maurice, en avance pour la messe. Je passe le temps en relevant les blasons des voûtes : ce sont les corporations qui ont payé les chapelles, et elles y ont laissé leur marque. »
Séverin Falconnet
charpentier de la Ville
Il refait les passerelles de bois au-dessus des vannes et se détourne de son chemin pour regarder une vieille galerie. Il a la clé depuis le chantier de l'an dernier.
« J'étais en haut de la côte Perrière, à regarder les galeries de bois. D'un côté de la rue elles sont toutes là ; de l'autre, il n'y a plus rien d'ancien à regarder, et ce n'est pas d'hier. »
Léonie Brachet
batelière, loueuse de barques
Elle sort ses barques quand le lac le permet, et jamais sans être allée voir le temps de plus haut. Elle a la clé parce qu'elle amarre au ras des vannes.
« Avant de sortir les barques, je monte la côte voir le ciel au-dessus du lac. J'attends sous la vieille tour ; j'ai fini par compter ses meurtrières, elles regardent toutes du même côté. »
Marceau Perrachon
fontainier
Il entretient les fontaines et les canaux, et passe plus de temps sous les rues qu'au-dessus. Il dit que la ville a oublié qu'elle est posée sur de l'eau.
« J'ai fait ce que je fais tous les matins : j'ai suivi l'eau. De l'église Saint-François jusqu'au chevet de la cathédrale, sans la perdre des yeux une seule fois. »
La grille
Un nom se raye à chaque arrêt, quand son histoire tient debout. À la fin, il en reste un.
- Sidonie Donzeljardinière de la Ville
- Eugénie Mégrozpêcheuse du lac
- Aimé Vulliermetgarde des vannes
- Séverin Falconnetcharpentier de la Ville
- Léonie Brachetbatelière, loueuse de barques
- Marceau Perrachonfontainier
Les 6 arrêts
- 01
Le Pâquier, la grande pelouse côté ville
Quai Eustache Chappuis, 74000 Annecy
Longez le lac en remontant toute la pelouse du Pâquier vers la ville, jusqu'à la grande étendue d'herbe qui fait face au Centre Bonlieu. Ces quelques centaines de mètres sont le bon moment pour lire les six cartes à voix haute.
on vérifie Sidonie Donzel
Sidonie jure que cette pelouse est jeune et qu'un bâtiment se tenait dessus. Placez-vous dos à Bonlieu, face au lac. Cherchez ce qui pourrait trahir une construction : un ressaut, un alignement, une bordure. Puis estimez à vue d'oeil la surface d'herbe vide devant vous.
Ce qu'on trouve sur place
Elle a raison. Une salle de spectacle est bâtie sur le Pâquier à partir de 1826, reconstruite à partir de 1863, complétée en 1921 par un casino utilisé jusqu'au milieu des années 1950, puis remplacée en 1955 par un quatrième bâtiment de l'architecte Paul Jacquet. L'ensemble tombe sous la pioche des démolisseurs en octobre 1981, libérant dix mille mètres carrés de pelouse et dégageant la vue sur le lac.
Sidonie dit vrai : la perspective que tout le monde photographie ici a moins de cinquante ans, et il faut arroser cette herbe tous les matins pour le savoir. Rayez-la de la grille.
Source : Ville d'Annecy et Office de tourisme du Lac d'Annecy, le Pâquier
- 02
Le port, là où le lac s'en va
Quai Napoléon III, 74000 Annecy
Traversez le canal du Vassé par le pont des Amours, entrez dans les jardins de l'Europe et traversez-les du nord au sud, jusqu'au quai Napoléon III. Le port est là, à l'endroit où l'eau du lac s'engage entre les quais.
on vérifie Eugénie Mégroz
Eugénie prétend qu'on embarque aujourd'hui là où l'on embarquait du temps de ses arrière-grands-parents. Trouvez l'embarcadère des bateaux de promenade, lisez ce qu'on y propose, et repérez par où le lac se déverse dans la rivière.
Ce qu'on trouve sur place
Le port est l'endroit naturel où le lac se déverse dans le Thiou, et il a longtemps été un lieu de travail plutôt qu'une carte postale. Jusqu'en 1930, des barques à voiles y apportaient bois, pierre, blé et minerais. Dès 1839, des bateaux à vapeur assurent un service quotidien pour les riverains du lac, très utilisé par les paysans les jours de marché. Un billet « tour du lac » est proposé dès 1872.
Eugénie dit vrai, et le billet qu'on vend encore aujourd'hui porte le même nom qu'en 1872. Rayez-la de la grille.
Source : Ville d'Annecy et Office de tourisme du Lac d'Annecy, le port d'Annecy
- 03
L'église Saint-Maurice
1 rue Saint-Maurice, 74000 Annecy
Revenez vers la ville par le quai Eustache-Chappuis, passez devant l'hôtel de ville et prenez la rue Saint-Maurice : l'église ouvre sur la place du même nom. L'entrée est libre.
on vérifie Aimé Vulliermet
Aimé dit relever les blasons des voûtes en attendant la messe. Entrez, avancez dans la nef, levez la tête vers les clés de voûte des chapelles latérales et comptez les blasons que vous trouvez. Au passage, regardez la largeur de la nef, et cherchez la peinture funéraire du tombeau de Philibert de Monthoux, du milieu du 15e siècle.
Ce qu'on trouve sur place
Les chapelles nord et sud ont été financées par les corporations de métiers et par des familles, et l'on retrouve leurs armes sur les clés de voûte. L'église, commencée en 1422 après un incendie qui avait dévasté Annecy, est bâtie sur le modèle des églises dominicaines, qui privilégient la largeur du vaisseau principal pour accueillir de vastes assemblées.
Aimé dit vrai : il faut avoir passé du temps le nez en l'air ici pour savoir que ces blasons ne sont pas un décor, mais une facture. Celui que tout le monde soupçonnait est le troisième à sortir de la grille. Rayez-le.
Source : Ville d'Annecy et Office de tourisme du Lac d'Annecy, l'église Saint-Maurice
- 04
La porte Perrière et la côte
Côte Perrière, 74000 Annecy
Traversez le Thiou par le pont Perrière et continuez tout droit : la rue Perrière file à droite sous ses arcades, la côte monte en face, sous la vieille porte. Passez dessous et montez.
on vérifie Séverin Falconnet
Séverin dit que les galeries de bois sont d'un seul côté de la rue. Montez la côte et comparez les deux côtés : où sont les maisons anciennes, et où n'y a-t-il plus rien d'ancien ? Cherchez aussi l'impasse du Trippoz, sur votre gauche.
Ce qu'on trouve sur place
La route des Alpes, qui menait au col du Petit-Saint-Bernard, a donné naissance ici à un faubourg de maisons à galeries de bois. En 1912, le côté droit de la côte Perrière, qui menaçait ruine, a été détruit. La porte, citée en 1337 sous le nom de porta Insule, appartient à la première enceinte d'Annecy, celle du 13e siècle. L'impasse du Trippoz conserve le souvenir du jeu de paume du château.
Séverin dit vrai, et il date même l'absence : ce côté-là manque depuis 1912. Rayez-le de la grille.
Source : Ville d'Annecy et Office de tourisme du Lac d'Annecy, la porte Perrière
- 05
La tour Perrière, vue d'en bas
Côte Perrière, 74000 Annecy
Restez sur la côte, à mi-pente, et tournez-vous vers le rocher du château, à l'ouest.
on vérifie Léonie Brachet
Léonie affirme que les meurtrières de la tour regardent toutes du même côté. Repérez la couronne de pierre en haut de la tour, puis comptez les fentes étroites et dites vers quoi elles pointent.
Ce qu'on trouve sur place
La tour Perrière domine l'ancienne route des Alpes, l'actuelle côte Perrière. Elle conserve sa couronne de mâchicoulis et ses archères dirigées sur le faubourg et sur la porte Perrière, c'est-à-dire sur l'endroit exact où vous vous tenez. Le chantier de la tour et du logis est en cours en 1445, sous Philippe de Savoie, et s'achève à la fin du 15e siècle.
Léonie dit vrai : ces fentes visent toutes le faubourg, et on ne s'en aperçoit qu'en attendant dessous. Rayez-la de la grille. Il ne reste qu'un nom.
Source : Ville d'Annecy et Office de tourisme du Lac d'Annecy, la tour et le logis Perrière
- 06
Le chevet de la cathédrale, là où l'eau revient au jour
Quai Madame de Warens, 74000 Annecy
Redescendez la côte, repassez le pont Perrière et arrêtez-vous devant l'église Saint-François : c'est là que commence le trajet que Marceau dit avoir suivi. Faites-le à votre tour, par la place Saint-François, la rue Saint-Maurice, la rue Saint-Dominique, la rue Notre-Dame et la place de la Cathédrale, jusqu'au quai Madame de Warens. En chemin, notez chaque endroit où vous voyez l'eau, et chaque endroit où vous ne la voyez pas.
on vérifie Marceau Perrachon
Marceau jure avoir suivi l'eau de l'église Saint-François jusqu'au chevet de la cathédrale sans la perdre des yeux une seule fois. Vous venez de faire le même chemin. Avant de lire le fait, dites à voix haute sur quelle part du trajet vous avez vu cette eau, et sous quoi vous l'avez perdue.
Ce qu'on trouve sur place
À hauteur de l'église Saint-François, entre le pont de la Halle et le pont Perrière, un bras se détache du Thiou et prend d'abord le nom de l'église. Il passe sous l'église Saint-François, puis sous l'église Saint-Maurice, il s'engouffre sous les maisons, et il ne reparaît au grand jour, sous le nom de canal Saint-Dominique, qu'au chevet de la cathédrale Saint-Pierre, avant de retrouver le canal du Vassé.
On ne suit pas des yeux une eau qui passe sous deux églises. Marceau a récité le trajet de l'eau comme il le connaît, par-dessous, et il a oublié qu'au-dessus la rue ne montre rien. Il n'a pas fait ce chemin ce matin-là, et son alibi est le seul qui ne tienne pas. Prononcez l'accusation avant de lire la suite.
Source : Ville d'Annecy et Office de tourisme du Lac d'Annecy, le canal Saint-Dominique, et Haute-Savoie Tourisme
Le fin mot
À n'ouvrir qu'après avoir prononcé l'accusation
Marceau Perrachon
Marceau Perrachon avait la clé, comme les cinq autres. Il n'a rien cassé : il a laissé les vannes fermées une heure, un matin de semaine, pour que la ville regarde une fois le lit de sa rivière au lieu de passer dessus. Il s'est trahi en récitant par coeur le chemin d'un canal qu'il connaît par en dessous, et qui ne se voit pas d'en haut ; ce canal porte d'ailleurs le nom des Dominicains, dont l'église est devenue Saint-Maurice au début du 19e siècle. Personne n'a porté plainte. Le Thiou coulait de nouveau avant midi, et Marceau a offert d'ouvrir les vannes lui-même.
D'où viennent les faits
- Office de tourisme du Lac d'Annecy, le Pâquier
- Office de tourisme du Lac d'Annecy, le port d'Annecy
- Office de tourisme du Lac d'Annecy, l'église Saint-Maurice
- Office de tourisme du Lac d'Annecy, la porte Perrière
- Office de tourisme du Lac d'Annecy, la tour et le logis Perrière
- Office de tourisme du Lac d'Annecy, le canal Saint-Dominique
- Haute-Savoie Tourisme, le canal Saint-Dominique